Discours Commémoration du 08 Mai 1945

Alain KRAINIK -  08 Mai 2014

Il y a 69 ans aujourd’hui, le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie, vaincue par une coalition de pays alliés, capitulait sans condition. Cette date majeure pour notre pays et pour l’Europe tout entière, nous offre l’occasion de nous rappeler ces années de guerre, déclenchée à partir de1939. Et de nous interroger sur les raisons de ce conflit armé d’une rare violence.

 

Cinq années de guerre, rythmée par les déportations et l’extermination d’enfants, de femmes, et d’hommes, simplement coupables d’être nés juifs ou tziganes, d’être des opposants politiques, infirmes, ou homosexuelles.

Cette folie meurtrière est basée sur la conception raciale d’une nation, l’Allemagne, dont le dirigeant de l’époque, Adolf Hitler, considérait que les Allemands étaient d’une race supérieure.

Il oubliait qu’il n’y a pas de race humaine. Il n’y a que des humains d’origines diverses.

 

Il y a encore des témoins de ce conflit. Certains d’entre-eux sont parmi nous.

Résistants, ils ont participé à chasser les armées d’occupation de notre pays et à rétablir la paix. Beaucoup d’entre eux, à cette période, ont perdu un parent, un enfant, un frère ou une soeur, tués à la guerre ou déportés.

Grâce à eux, à leur combat d’hier et à leur témoignage d’aujourd’hui, nous comprenons mieux comment s’est mise en marche cette guerre. Mais c’est aussi grâce au travail des historiens que nous pouvons aujourd’hui mieux saisir l’origine de ce conflit guerrier, le dernier qui se déroula entre pays européens, si l’on excepte le récent conflit au Kosovo.

 

La deuxième guerre mondiale, comme on appelle la guerre 39-45, est précédée d’un autre conflit majeur, un conflit mal éteint qui eu lieu en Europe de 1914 à 1918. La Grande guerre, laissa l’Europe au bord du gouffre. La France, exsangue, comptait ses morts par millions et l’Allemagne vaincue est humiliée par un traité de paix très dur qui lui est imposé.

Après une brève euphorie d’après guerre, les années qui suivirent, furent des années de crise économique grave.

La grande crise économique du capitalisme mondial qui se déclenche en 1929 frappe avant tout les classes moyennes.

Des familles qui n’étaient pas vraiment pauvres le deviennent subitement et ont de plus en plus de mal à trouver simplement de quoi se nourrir. Et il suffit presque toujours d’une situation difficile ou d’une grande misère pour réveiller ce qu’il y a de pire en chacun de nous : le racisme, le rejet de l’autre parce qu’il est différent.

 

Il faut un coupable facilement indentifiable. C’est ce qu’on appelle un bouc-émissaire. En France, les traces de l’antisémitisme, le rejet irrationnel des juifs, étaient encore brûlantes, suite à l’affaire Dreyfus, ce capitaine de l’armée injustement accusé de trahison par ce que juif et innocenté en 1906. Mais c’est en Allemagne où la crise économique sera la plus profonde qu’un homme a le plus savamment manipulé son peuple en désignant les juifs comme principaux responsables de la misère.

Cet homme, qui se nommait Adolf Hitler, arrive légalement au pouvoir en 1933. Il était trop tard pour arrêter l’engrenage.

 

Après les juifs, Hitler s’attaque aux tsiganes, aux homosexuels, aux handicapés, aux communistes et aux opposants de tous ordres qu’il fait déporter dans des camps de concentration et assassiner. Puis, il s’attaque aux pays voisins qui sont envahis les uns après les autres, au nom de la supériorité de la race allemande et de la nécessaire domination de l’Allemagne sur les autres peuples européens.

La France, l’Europe sont à ce moment, comme anesthésiées, sans réaction : la guerre rapide que mène l’Allemagne sur tous les fronts, de l’Est comme de l’Ouest, trace un sillon de morts partout en des chiffres qu’aujourd’hui encore on a du mal à concevoir.

Cette guerre a causé la mort de 6 millions de juifs, et au total entraîné la disparition de 50 millions de personnes, presqu’autant que d’habitants aujourd’hui en France.

Ce délire, cette haine répandue sur l’Europe, a cessé le 8 mai 1945, il y a aujourd’hui 69 ans, grâce à une coalition d’armées anglaises, canadiennes, américaines et de résistants français, aidée sur le front Est par l’armée de l’Union soviétique qui en déployant d’énormes moyens matériels et aux prix de nombreux morts, contraignirent l’Allemagne et ses alliés à faire la paix.

 

Mais pour construire vraiment la paix, une paix durable, une paix perpétuelle, nous devons comprendre ce que l’Histoire nous enseigne. L’engrenage de la haine commence lorsque nous rejetons l’autre parce qu’il est de différent de nous. Lorsque que nous tolérons que l’on agresse quelqu’un en raison de sa couleur de peau, de son origine, ou de ses convictions religieuses, lorsque nous nous laissons aller à détester ceux qui sont plus pauvres que nous, au lieu de tenter de les aider, de leur tendre la main.

Et c’est sans doute pour s’être donné des dirigeants politiques encourageant cette pulsion de rejet de l’autre, que peu à peu, des pays d’Europe, et l’Allemagne en particulier, ont été conduit au pire : à l’extermination d’une partie de leur population et à la guerre avec leurs voisins.

 

Il est particulièrement important de se rappeler de ces événements pour ne pas réitérer les erreurs du passé et se rappeler qu’au bout de la haine, il n’y a que la désolation et la mort. Mais il est aussi important de se souvenir de ces événements, pour rendre hommage à tous ceux qui ont résisté.

 

Nous rendons hommage aux Justes entre les Nations, ces hommes et femmes souvent anonymes qui, au péril de leur vie, ont sauvé des juifs de la déportation.

Nous rendons hommage à tous les Résistants, à tous ceux qui ont eu le courage de dire non au racisme et à l’intolérance et qui, pour beaucoup, sont morts en héros.

 

Grâce à eux, aujourd’hui, nous vivons libre.

Ne les oublions pas.